Monday, April 16, 2007

La téloche et la censure (ou encore… « Toi comprendre moi ? »)

Le 29 mars dernier, le lendemain d’un chouette tournage, je reçois cette missive électronique de la jeune et pétillante journaliste que Télé-Québec avait chargée de me faire sécréter un éditorial pour l’émission Méchant contraste


« Bonjour Léonard,

Mes craintes étaient fondées. Il n’y aura pas diffusion de ton éditorial. Ce n’est pas à cause de la chanson de Pierre Lapointe mais bien à cause du caractère très littéraire de ton discours. La télévision demande un alignement plus dépouillé des idées. Non pas pour verser dans la simplicité mais bien plus de clarté. L’éditorial est rapide et l’essence du propos doit être bien accessible. J’aurais aimé travailler à illustrer tes propos et avais beaucoup d’idées pour le faire. Mais la décision de mon coordonnateur est sans appel.

Je ne me sens pas très bien avec ça et suis vraiment désolée.

Bonne route à toi (…) »


La décision du coordonnateur en question est tout bonnement attentatoire à l’intelligence. Sa justification, par ailleurs, est doublement grotesque : primo, elle nous rappelle combien la télévision élémentarise la pensée et les idées, c’est-à-dire… nous prend avec alacrité pour des cons; secundo, elle en est impunément le scandaleux, l’obscène aveu ! Ce délicieux paragraphe, cet amour de petit bijou de chef-d’oeuvre de logique voudrait nous faire gober que l’éditorial, d’une part, et le « caractère très littéraire », d’autre part, sont mutuellement exclusifs ! Car il appert que « la télévision demande un alignement plus dépouillé des idées » (alignement à plaindre, qui doit être bien tristounet, des fois, quand il neige sur sa petite constitution dépouillée, dans les vastes espaces crâniens des réalisateurs télévisuels…), « non pas pour verser dans la simplicité, » que non ! « mais [par souci de] bien plus de clarté, » ça va de soi !

Voici donc mon édito, hélas « très littéraire », malheureusement pas « rapide », peut-être complètement « inaccessible » (pour un mandarinophone unilingue), et dont les idées forment un… cortège en mal de dépouille ?


J’ai fait un terrible cauchemar.

J’étais dans une grande maison sans âme. Un téléviseur y trônait sans humilité. J’allumai ce gros bocal, ce formol stagnant où divaguaient avec indolence des têtes mollasses et glauques, toujours les mêmes et toutes pareilles, taries de lueurs et d’idées.

Ce mois-là, à peine quelques penseurs s’étaient-ils pressuré les méninges, que nous fûmes aussitôt gratifiés de leur substantifique trouvaille, une émission de divertissement captée franco de bord par toutes les téloches du pays.

Dans le style karaoké, une animatrice texturée faisait chanter à quelques participants vedettes ce qu’on venait d’adopter comme nouvel hymne national, une chanson de Pierre Lapointe, lequel était sans conteste devenu la fine fleur de nos artisans de la chanson.

« (…) J’ai trouvé les mots pour te dire que je t’aime
caché au creux de tes reins
J’ai tout aspiré, tout, jusqu’à en perdre haleine
Peut-être les dirai-je demain
peut-être sous l’effet
d’une trop grande arrogance
mon coeur un peu trop sûr de lui
je dirai ces mots au creux de ton oreille
même si je risque la potence
J’ai trouvé les mots pour te dire que je t’aime
caché au creux de tes reins
Qu’importe pour moi si oui, si non, si tu m’aimes
car moi, je t’aimerai quand même
J’ai pensé aux respirs et à ceux que l’on retient
de peur de devancer la fin
Je ne peux plus les retenir
ces mots qui ne demandent qu’à sortir
Je veux coller mon amour contre le tien, »

disait patriotiquement notre nouvel hymne.

L’atmosphère était parfois au mouvement brownien. En glapissant à travers le presse-purée de ses dents, la pécore réussissait d’ahan à se faire comprendre de quelques-uns de ses semblables, parmi les moins goitreux. Elle se voyait toutefois obligée, plus souvent qu’autrement, de se gendarmer et d’user du double gourdin de ses rotoplots pour ramener à la discipline les éléments récalcitrants.

Mais cette… fureur d’émission n’était que la pointe de l’iceberg. L’Occident tout entier semblait avoir mué. Ici et là, de Révolution tranquille en Mai ‘68, le droit de dire avait fait tache d’huile, les points de vue, sur tout et son contraire, s’étaient multipliés, chacun avait opinion sur rue et les avis se valaient tous. La démocratisation de l’expression artistique, en particulier, avait fait fondre comme neige au soleil presque toute instance éditoriale. S’il n’était toujours pas facile de publier chez Gallimard, il suffisait d’un budget relativement modeste ou d’une anatomie croquable pour éjaculer à compte d’auteur ou éructer un disque. La question n’étant plus « Ah, vous écrivez ? » mais plutôt « Comment !… vous n’écrivez pas ? », il était intéressant, trouvais-je naïvement, de se demander si la culture, la langue et le goût avaient à gagner de cette pléthore ou bien si, au contraire, elle ne les émoussait. J’inclinais à penser que nous ne savions plus, linguistiquement, culturellement, mettre le doigt sur les raisons en vertu desquelles ce que nous aimions était artistiquement valable. Les révolutions précitées, dont nous avions cru qu’elles nous affranchiraient d’une sorte de censure, n’avaient-elles servi qu’à nous appauvrir ?

Mais… comme parfois la poésie fait aujourd’hui par inadvertance une improbable nanoseconde de tourisme sous la plume de nos vedettes de la chanson,

comme — alors qu’on ne l’attendait plus — une phrase complète squatte enfin, chez une groupie de la Chicane, l’orifice normalement affecté à la parole,

comme l’humble justice du traîne-misère fait choir, en rêve, une larme d’eau dans le sauternes d’un avocat ou une tempête verglaçante sur les vacances estivales des Péladeau,

comme le papillon visite la bouse et la retraite les Backstreet Boys,

il arrive parfois qu’un cigare ne soit qu’un cigare… et un cauchemar, un simple cauchemar.

C’est presque dommage. Le contraire eût mérité une bonne petite pastille éditoriale dans cette chouette émission, à Télé-Québec… comment s’appelle-t-elle ?… ah, oui : Méchant contraste.

 


n.d.a., le 18 avril 2007

Tout cela me rappelle autre chose. Écoutez, ça vaut la peine :

alt :

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Posted by Leo in 10:03:09 | Permalink | No Comments »

O scrisoare… pierdută

Bucureşti, 21 septembrie 2006

Stimate Domnule Caramitru,

Mă aflu, de aproape trei luni, în curtea preamioriticelor miracole. Am umblat de am tocit harta, am depus în silozurile microfonice naţionale lanuri uriaşe de boabe melodice, am cunoscut oameni frumoşi ca femeia şi mi-am făcut, probabil, speranţe iluzorii. În timp ce, statistic, nouă tineri din zece doresc să plece din România, blazaţi, pe bună dreptate, de votu-n vînt şi de vîntu-n bot, obosiţi de nepăsare şi cinism, guvernaţi de mincinoşi şi de pungaşi în insectarul politic studiat ad nauseam de comentatorii sportivi ai laboratoarelor Irealitatea TV, eu doresc, pur şi simplu, să trăiesc în ce a mai rămas din ţara mea natală. Nici implacabila manelizare, nici ades pomenita şi aparent ineluctabila “imbecalizare”, nici pesimismul acetic al unor Paler, Pleşu, Popescu, Ungureanu, nici adipoasa obrăznicie a oligarhilor suferind de hipertrofie televizuală care pun stăpînire, în direct şi indolenţi, pe legi, pe adevăr şi pe viitor… nu ştiu a-mi roade acest deziderat. Un singur lucru mă sperie la români: atavică şi exponenţială, laşitatea celor care, de pe fotoliul directoratului, scaunul senatorial sau platoul de televiziune, asistă pasiv, deşi înarmaţi, la inflaţia tumorii naţionale de parcă aceasta ar fi încîntătorul prunc în perioada-i de creştere. Din fericire, ne vor salva Uniunea Europeană (fie-ne martori bunii noştri vecini maghiari) şi, mai ales, Francofonia. Întrucît cea din urmă ne aminteşte brusc, în luna curentă, că mămăligarul maneloman cunoaşte bine fineţurile limbii ortolanofagilor cocoşanelizaţi, supun atenţiei Dumneavoastră, cher Monsieur, un dosar biografic şi un mănunchi de cîntece despre care îndrăznesc să cred că vor putea să vă convingă de legitimitatea unui act de prezenţă artistică sub formă de recital, par exemple, prin care subsemnatul, în cadrul iminentelor activităţi legate de Sommet-ul Francofoniei, ar putea surprinde în mod plăcut delegaţiile primite imperial graţie fondurilor pe care artiştii noştri (activi sau pensionari) le încasează noaptea, în luxuriante vise cu tipic ionescian.

În aşteptarea răspunsului Dumneavoastră şi mulţumindu-vă anticipat pentru timpul pe care mi-l acordaţi, vă salut cu deferenţă şi prietenie.

Leonard Constant

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Traian Ungureanu plînge-ntr-o vitrină

(Bucureşti, 24/28 august 2006)
Mă spălam cu rachiuri de calorifer
în bomba din strada Baia de Fier,
făceam baloane de fum cu plămînii
şi cimitirul fugea de mine.
Şi mă hărţuiau să mă beie bătrînii,
şi se prăbuşeau averi de retine
ca pensiile-ntr-un butic de hermine.
Dar B 96 DEF,
taximărfar de marfă umană
specializat în ficaţi de sidef,
m-a expectorat în Piaţa Romană.
Şi, iată, trec nopţi cu degetare reci,
şi tu, picior de vers, picior de rai, nu treci.
Traian Ungureanu plînge-n vitrină,
Piaţa Romană cere-aspirină,
e 2 noaptea, mi-e dor de tine
şi Piaţa Romană cere-aspirine.
C-un ochi deschis şi-o mînă-ntinsă
ung un colţ de cîine,
cu ăla-nchis citesc ce mîna mea respinsă
îţi va scrie mîine.
Şi plec. Şi-o dau pe votcă proastă
cu uliţa în coastă.
Şi Traian Ungureanu cere-aspirină.
Şi cred că iese din vitrină.
Şi cred că ia c-un pahar de lumină
resturi de lună plină.
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Eee… cîntarăm şi aici…

Sous le signe du déhanchement mélancolique, la Cour des Arts et les Productions ConArt vous invitent à un spectacle mi-figue de Barbarie, mi-raisin de la colère, un musicodocuscrapbook, un album de voyage en noires et blanches intitulé « Alea jacta… sud-est » –- du Popocatépetl au lac Titicaca, de Buenos Aires à Bahia, entre bossa et milonga, Léonard Constant bivouaque aux pays enchanteurs des chansons en voix d’extinction.
Posted by Leo in 02:03:36 | Permalink | No Comments »

Gamberge post-spectaculaire, après «Golyplote, mon fils, ne t’en fais point — on est toujours l’allophone d’un autre…»

Espace-chanson Sylvestre, le samedi 5 février 2005.

C’est vrai… je ne séduis pas plus vite que mon ombre, moi. Je crois même que j’assomme, au début. Moi, mon truc, c’est le Transsibérien, l’aller-r’tour Terre-Pluton, ticket dernière classe, près des gogues où qu’ça a pas vu l’ombre d’une serpillère depuis 1917. Je suis au bout d’une attente, fiché comme un noyau de pêche dans le sleeping rectal de mon Transsibérien. Y’a pas à dire… c’en est une grosse ! Des parsecs ! Ceux qui m’aiment m’ont attendu longtemps, m’ont espéré à la toute fin de moi-même. Même qu’ils m’ont pétri toute la tendresse de me bisser ! Après deux rogatons de quand j’ai plus de voix dans la gamelle, nous nous reconnaissons enfin dans une gare d’outre-attente, sur un perron d’outre-patience, dans un regard d’outre-écoute. Patiemment, ils m’ont permis de les mériter. Les voilà, quai d’arrivée, qui m’offrent de porter ma valise, pesante de mon spectacle, pleine de fatigue et d’applaudissements, pleine de mon coeur pour eux, pleine de mon coeur donné. Ils ne disent rien, ils ont ôté leurs mots, se sont déshabillés de tous leurs bruits et gestes. L’espace d’un spectacle, ils sont la mêmeté de n’être plus en désaccord. Je ne me reste plus : ils sont partis avec moi. Je peux crever heureux.

Tiens… je remets ça le 24 prochain :

 

Posted by Leo in 01:37:34 | Permalink | No Comments »